Vers la fin...

Elles

(pluri-elles)

-Comment va votre mari? -Il est en pleine forme, je touche du bois. C'est moi qui suis cassable comme les ampoules que me prescrit le docteur Grinberg. Autocassable. Je me casse très bien toute seule à 80 ans!
Elles sont affables, ces jeunes femmes, elles sont toujours souriantes.
-Et vos fils? -Flavio vit à New York, maintenant. Il s'est converti à la religion juive... pour épouser sa femme. Il a même changé de prénom. David. Je l'appelle toujours Flavio, moi. Ces religions, elles sont quand même bien exigeantes!
-Et Mario? -Ah! Mario s'est installé avec son homme. Oui, oui, le même depuis huit ans...Pierre et moi l'adorons. Il est beau, intelligent, très prévenant et poli ; le gendre idéal...Toutes les femmes craquent pour lui. Il a fait le désespoir de plusieurs d'entre elles, vous savez...
Elles sont mignonnes, ces petites kinés... elles m'aiment bien, je crois. Elles me questionnent encore, sur ma santé, mes copines, mes artères, mon régime...Elles savent que les vieilles dames sont des bavardes, même quand elles ne vivent pas toute seule. Je sors du cabinet, elles me serrent la main affectueusement.
Elles ont toujours leurs accents originels...comme la petite, aux seins plats, l'Anglaise, Jane... j'ai oublié son nom de famille, la femme de Gainsbourg. Elles me font quatre bises tout en me parlant. Frieda attend son tour de roulotte, non, je veux dire de roulette...elle a rendez-vous avec le dentiste qui a une heure de retard.
.../...