Les recueils de nouvelles... Boutons de défilement
Le début de la fin...la fin du début...
Collection Ceriselles
V.Dureuil, N.Epron, C.Gendraud, a-L Mahé, G.Martorella,
H.de Monferrand, b.Ourlin, C.Sabolo et a.Varech


288 pages - ISBN 2-914908-12-1
Disponible depuis juin 2003

Prenez ce livre renversant du bon coté : Le Début de la fin où les histoires d'amour commencent bien, en général : le coeur palpite, ses mots nous affolent, son sourire nous promet des lendemains qui chantent et des nuits sans sommeil...
Retournez le livre et vous vous retrouverez sens dessus dessous, les situations basculent, c'est... La Fin du début, où les histoires d'amour finissent mal, parfois : le coeur se dépite et ses mots nous rendent folle, ses grimaces nous promettent des lendemains qui déchantent et des nuits d'insomnie...
-- Première fois --
Difficile de sortir des sentiers battus et des poncifs romanesques de la rencontre!
Je me suis dons engagée dans la voie du remix. Vous connaissez peut-être la Version originale: la grande tragédie de Racine, Phèdre, pièce de théâtre du XVIIe siècle, en vers. Sublime oeuvre! L'histoire d'une femme, Phèdre, mariée à Thésée, amoureuse de son beau-fils, Hypollite, histoire qui se termine mal pour tout le monde.
Dans ma version à moi, Hypollite devient le petit ami d'Aricie,
belle-fille de Phèdre. L'histoire devient contextuellement contemporaine. Tout en respectant l'esprit et la chronologie de la pièce, je renverse la tragédie et la transforme en comédie dramatique.
Les initiés reconnaîtront les clins d'oeil littéraires; les autres liront le traitement original d'un mythe antique qui frôle les Feux de l'Amour. Je propose, en exclusivité, en avant-premiére pour vous mettre l'eau à la bouche, le tour début de cette nouvelle:
Je suis nostalgique de mon séjour au XIXe siècle. Vous savez, il est difficile de passer d'un exemplaire parcours de grand peintre à celui plus laborieux de petite écrivaine du XXIe
-- C'est Vénus tout entière à sa proie attachée! --
Il est cinq heures du matin. Thésée, un homme d'une cinquantaine d'année, vêtu d'un complet sombre, monte dans sa voiture noire, pour un voyage d'affaires obscures. Il a déposé un baiser pudique sur le front de sa jeune femme, Phèdre, qui dort encore. Au même moment passe une benne à ordure. Il soupire à l'idée de savoir sa fille accrochée à la rambarde de l'une d'elles en costume de martien. Aricie dès son plus jeune âge fut l'extra-terrestre de la famille et le jour où elle annonça à sa mère, Antiope, qu'elle serait éboueuse, celle-ci de santé fragile, fit une crise cardiaque qui lui couta la vie.
Dans un autre quartier, Aricie s'occupe des poubelles avec sa collègue Ismène, devenue, à force de matins gris et roses, sa confidente. Elle est heureuse de faire ce métier, Aricie, d'abord parce qu'il est mal vu par son père et sa foutue belle-mère, ensuite parce qu'il est en décalage avec son patronyme si pompeux. Pensez-vous, s'appeler Aricie de Racine, il y a de quoi faire un procès à ses parents ! Ainsi cela fait cinq ans qu'elle porte sa combinaison de ski verte chaque matin. Elle a choqué sa famille et aussi ses amies, celles qui la voyaient, avec ses petits tailleurs et son visage Boticellien, cadre supérieur dans une grande entreprise, comme Papa. Elle a troqué son agenda Hermès et ses chaussures italiennes contre le costume de dame poubelles, avec délectation. Elle ne trouva moyen plus explicite de dire « merde » à tout ce beau monde.
Ismène, qui avait à choisir entre éboueuse et caissière a encore du mal à comprendre pourquoi Aricie se pèle de froid dans des odeurs pestilentielles volontairement. Hippolyte, le petit ami d'Aricie, conduit le camion poubelle. Tout en faisant leur boulot, les deux filles papotent comme deux vendeuses, en haussant la voix, pour dépasser le fracas.
-Il est au courant pour Hippo, ton père ?
-Tu parles, je ne perdrais pas une occasion de le voir faire sa tête de croque-mort ; bien-sûr qu'il est au courant !
-Et alors, il t'a fait la morale ?
-Il a juste soupiré et m'a dit : «tu pourrais trouver mieux quand même !».
La benne s'arrête. Hippolyte gueule que ça fait trop longtemps qu'il n'a pas eu de bisous. Aricie quitte le coin des détritus et embrasse son petit ami.
-Ne t'inquiète pas, je t'oublie pas, mon petit homme.
-Ouf ! J'ai cru un instant que tu me mettais au rebut ! Déformation professionnelle ! plaisante Hippolyte, gouailleur.
Aricie rejoint Ismène qui s'occupe de nourrir de déchets la benne avide d'aliments excrémentiels. Elles râlent après les sacs poubelle déposés n'importe où et éventrés. Le camion reprend sa route.
-Ma belle-mère, je la supporte plus, se plaint Aricie.
Chaque matin, Aricie, qui vide son sac, reprend son lamento préféré. Sa belle-mère, au demeurant très belle mais absolument pas maternelle, a pris le rôle de marâtre.
-- Rupture --
J'aime les situations décalées, absurdes et burlesques. Ceux ou celles qui ont lu 360, rue des Degrés le savent! Dans cette nouvelle, les protagonistes veulent rompre mais des obstacles nombreux, variés viennent contrecarrer cette
décision. J'ai conservé ma verve rythmée et je joue toujours avec les mots! Mais je vais laisser le texte parler à ma place.
En voici un petit morceau...en espérant qu'il vous donne envie ensuite de tout croquer.
-- L --
d'Anne-Laure MAHE
Elles l'avaient décidé.

Elles avaient décidé que c'était leur dernière fois, leur dernière étreinte, avant de s'éteindre et de se rallumer, dans d'autres bras, d'allumer d'autres coeurs, ailleurs, en des jours meilleurs. Elles s'étaient dit que faire l'amour les aiderait à se faire une raison et à se quitter sur un bon souvenir, avec sur la langue un bon goût. Une façon de se dire au revoir, de s'embrasser et de se souhaiter bonne route, une autre façon de conclure.

Elles s'enrobèrent d'un drap léger, blanc qui sur la peau laiteuse de Lyra avait des allures de linceul et sur celle plus mate de Lola des allures de robe de mariée. Comme il était prévu aussi dans leur protocole de rupture, Lola ouvrit une bouteille à bulles, un très bon champagne que leur caviste leur avait conseillé. Ce n'était pas tellement que se séparer fût une joie démesurée mais après un bel acte d'un an ensemble, elles voulaient un dénouement soigné.

Elles trinquèrent à leur santé, à leurs futures amours, à leur longue vie séparée !
-Je souhaite à Lyra, mon chou à la crème, beaucoup
d'aventures, une vie riche et pleine d'amantes plus jeunes ou plus vieilles !
-Je te souhaite, Lola la belle, quantité de voyages sensuels et un harem de jolies filles !

Elles se munirent ensuite de papier et crayon pour décider des modalités futures de leur séparation. C'était une sorte de réunion au sommet dont les protagonistes presque à poil n'oubliaient pas d'être opérationnels et efficaces.
Lola, qui était huissier, proposa de signifier la résiliation de leur Pacs dès le lendemain et Lyra jugea cela opportun. Elle nota donc sur son calepin avec la satisfaction du travail bien fait:
« I Lola s'occupe de rupture du Pacs ».
Comme si elle était à un rendez-vous d'affaire, Lyra posa quelques questions à Lola sur la procédure à suivre.
C'était un peu par formalité car Lyra n'était plus une néophyte en matière de Pacs : la belle jeune femme en était à son dixième. Depuis 1999, à chaque histoire un peu sérieuse, elle contractait un Pacs pour protéger son aimée, "au cas où ça durerait". Ca ne durait pas parce que la belle se faisait rapidement la belle avec souvent à la clef de la malle une autre échappée belle
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